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Vies de Juifs

A propos de l'auteur

Je suis né le 31 octobre 1955, dans un petit village à une trentaine de kilomètres de Paris, de ce que l’on appelait alors la Seine-et-Oise. À cette époque, c’était encore la campagne.  On allait chez le laitier avec des pots au lait.  Le boulanger ressemblait à Raimu dans le film de Pagnol.  Dans les petites rues dominées par le clocher de l’église, on pouvait voir des vaches menées à l’abattoir en meuglant côtoyer des Tractions noires.  L’été, il y avait la fête foraine sur la place de la mairie.  Au Café de la Poste, les vieux jouaient à la belote en buvant des calvas et en roulant du gris. Le facteur, sacoche de cuir en bandoulière, faisait sa tournée en vélo et connaissait tout le monde. Le dimanche, les fermiers proposaient leurs produits sur la place du marché.

Un dimanche matin, je devais avoir environ cinq ans, alors que je voyais toutes les semaines les autres enfants partir au catéchisme à l’église et en revenir avec des friandises dans les poches que leur donnait le curé du village, je demandais à madame Jeannette.  

- Pourquoi je suis puni et on ne me laisse jamais aller au catéchisme avec les autres ?  

 - Mais non, tu n’es pas puni, c’est parce que tu es juif.

Ce fut la première fois que j’entendais ce mot qui me semblait mystérieux et dont je ne comprenais pas la signification.

- Ça veut dire quoi être juif ?

Elle hésita. Demande ce soir à monsieur Léon quand il rentrera, il t’expliquera.

Quand monsieur Léon rentra, il était tard et j’étais couché depuis longtemps. Le lendemain matin j’avais oublié le mot et ma question.  

Partout où j’avais vécu, j’étais un Juif.

En Europe, j’étais souvent confronté à un antisémitisme ambiant, latent, parfois agressif. En Israël, après ma teshouva, j’étais un religieux, un orthodoxe. Pour les haredim, un baal teshouva. Ma judéité, ou l’apparence qu'elle prenait, était perçue comme mon identité première. Dans le vécu le plus quotidien, elle était un panneau de signalisation, un indicateur de différences.

Quant à dire si je suis religieux ou pas, je n’ai pas vraiment de réponse. Stricto senso, je ne l’ai pas été durant l’essentiel de ma vie, puis je l’ai été pendant plusieurs années. Le judaïsme m’a appris qu’il était un sentier pavé de questions, de dévoilements et de remises en question. Y compris du sentier lui-même.

Je le parcours.

Simon Smadja

 

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